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Des cadres musulmans quittent la France : « C’est vraiment une fuite des cerveaux »

Le Conseil mondial de la diaspora algérienne (CMDA) a été lancé vendredi soir à Paris par Karim Zéribi. L’ex-député européen veut connecter entre eux et avec l’Algérie les membres de la communauté algérienne en France et dans tous les pays du monde.

Le CMDA se veut aussi un outil de lobbying dans un contexte de montée en puissance de l’islamophobie et du courant anti-immigration en Occident. En France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, aux États-Unis, les courants extrémistes sont soit au pouvoir après avoir gagné les élections, soit ils sont proches de gouverner leur pays.

Dans ce contexte de montée en puissance de l’islamophobie, la création du Conseil mondial de la diaspora algérienne répond aussi au besoin des binationaux algériens de disposer d’un outil capable de les défendre et de faire entendre leurs voix qui peuvent peser dans les élections, et ce, dans de nombreux pays.

Ce Conseil ambitionne aussi de faciliter le « retour » des Algériens de la diaspora dans leur pays d’origine, pour investir, donner une dimension internationale à leur entreprise, participer au développement du pays de leurs origines. Un retour qui taraude les esprits de nombreux Algériens à l’étranger, mais de beaucoup de musulmans en Occident, notamment en France qui abrite la forte communauté musulmane en Europe.

« En Occident, nous avons le sentiment d’être des intrus. On n’en peut plus des débats sur l’islam et l’immigration. L’air est devenu quelque peu irrespirable », a lâché Karim Zéribi, vendredi soir, lors du lancement du CMDA. Et il est bien placé pour le savoir, lui qui est connecté à la diaspora, et qui intervient en tant que consultant sur Cnews où les sujets sur l’immigration algérienne, l’Islam et les musulmans en France accaparent une grande partie des programmes.

Beaucoup de cadres musulmans quittent la France : « Enfin, je respire »

Dans ce pays, l’atmosphère autour des musulmans en France a fini par persuader nombre d’entre eux de changer de pays. Un chercheur français a pris l’initiative de se pencher sur le phénomène qui touche principalement les cadres et qui prend de l’ampleur depuis quelques années.

Julien Talpin est chercheur au CNRS. Avec une équipe de chercheurs, il a mené une enquête sur les raisons qui poussent les Français de confession musulmane à changer de pays.

« C’est vraiment une fuite des cerveaux », a-t-il constaté pendant son enquête qui a touché 1.000 personnes musulmanes qui ont quitté la France pour diverses destinations. Le chercheur résume ainsi les réponses des personnes sondées : « On est discriminés et stigmatisés en tant que musulmans et on ne peut même plus défendre nos droits. » S’ils ont choisi de quitter la France, c’est pour pouvoir « mettre à distance l’islamophobie et le racisme ».

L’équipe de recherche a distribué un questionnaire à 1.000 personnes désormais installées aux quatre coins du monde, des diplômés pour la plupart. Au moins, la moitié a un niveau d’études de bac + 5, des économistes, des ingénieurs, des financiers, issus plutôt du privé que de la fonction publique.

« Il ne s’agit pas de n’importe quel type de musulmans, ce sont des gens qui ont fait de longues études », fait remarquer Julien Talpin, dans un entretien à la chaîne turque TRT.

Justement, le premier écueil, ils le rencontrent juste après leurs études. « Ils sont confrontés à différents types de discrimination et ont du mal à trouver un travail à la hauteur de leur qualification sur le marché du travail français », indique l’auteur de l’étude qui cite deux principales raisons qui poussent l’élite musulmane française à l’exil.

La première raison, c’est la volonté de « mettre à distance l’islamophobie et la discrimination », explique-t-il. La deuxième, c’est pour « pouvoir vivre leur religion plus librement ».

Talpin avoue avoir été « surpris » de ce point de vue-là puisque les personnes sondées « ne sont pas nécessairement des gens extrêmement religieux ». Mais il a une explication.

« Il y a quand même des gens pour qui la religion est une facette importante de leur identité. Parmi les femmes, la moitié porte un foulard. Ce sont des personnes particulièrement exposées aux discriminations et pour qui la religion est un élément important, mais qui ne vivent pas leur expatriation comme une hidjra », dit-il.

L’objectif pour eux ce n’est pas d’aller vivre en terre d’Islam. La preuve, la plupart de leurs destinations ne sont pas des pays musulmans. L’un des pays les plus prisés est d’ailleurs le Royaume-Uni parce que « c’est proche et il y a un marché de travail assez dynamique », note le chercheur.

De tels pays permettent aux exilés français de trouver ce qu’ils cherchent : à la fois, avoir une ascension professionnelle et protéger ses enfants contre les discriminations qu’ils ont subies eux-mêmes.

Le chercheur pointe l’atmosphère globale qui règne en France. « Il y a une sorte de pression sociale un peu constante, notamment liée aux médias, aux chaînes d’information en continu, aux réseaux sociaux », explique-t-il, ajoutant que ce climat oppressant pour les musulmans et les musulmanes en France est beaucoup moins présent à l’étranger. D’où cette expression qui, indique-t-il, revient beaucoup dans les entretiens qu’il a conduits : « Enfin, je respire ! ».

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