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Épuration des eaux : la saga S Five Groupe, une entreprise algérienne

Épuration des eaux : la saga S Five Groupe, une entreprise algérienne

Le salon international des équipements, des technologies et des services de l’eau SIEE-POLLUTEC qui s’est tenu du 16 au 18 mai au Palais des expositions à Alger a vu la participation de 140 entreprises algériennes et étrangères.

Parmi celles-ci de jeunes entreprises algériennes intervenant dans le traitement des eaux usées et leur ré-utilisation en agriculture, dans un contexte de rareté de sécheresse qui frappe l’Algérie depuis des années.

C’est le cas de S Five Groupe, une société créée en 2009 et basée à Alger. Elle comprend une trentaine de salariés et se spécialise dans l’épuration des eaux. Un secteur pour lequel le Conseil des ministres du 8 janvier dernier recommandait de : « Créer des start-up spécialisées dans les techniques d’exploitation des eaux usées ».

Pour S Five Groupe, ce salon a été l’occasion de montrer son savoir-faire. Pas moins de 10 collaborateurs étaient mobilisés sur son stand.

Après la production de matériel de traitement primaire et secondaire destiné à l’équipement primaire des stations d’épuration, cette jeune entreprise développe des techniques permettant la réutilisation des eaux usées épurées en agriculture.

La technique d’ozonation a été particulièrement mise à l’honneur lors du salon et cela à travers le dispositif OzoMax G500. Le procédé de S Five Groupe a été mis au point après plusieurs années d’essais et de tâtonnements.

Pour Mokrane Laïdi, responsable technique de l’entreprise, ce dispositif mis au point par l’entreprise est une première en Afrique. Le principe consiste dans la destruction des germes microbiens contenus dans l’eau en utilisant l’action corrosive de l’ozone.

Un gaz présent dans l’atmosphère et naturellement produit par l’action des rayons UV sur les molécules d’oxygène. L’ozonateur mis au point par S Five Groupe permet de reproduire cette réaction et donc de produire de l’ozone au sein même d’un circuit de canalisations d’eau. Avantage : l’ozone présente l’intérêt de se dégrader rapidement et ne présente donc pas d’impact sur l’environnement.

Équiper stations d’épuration et usines

Présent sur le stand, Abdelghani Sfal, le dirigeant de l’entreprise, indique que les équipements produits par S Five Groupe pourraient permettre d’équiper l’ensemble des stations d’épuration des eaux usées dans la mesure où celles-ci ne sont pas équipées pour le traitement tertiaire. À l’avenir, 100 % des eaux de ces stations pourraient être ré-utilisées par le secteur agricole en Algérie.

L’entreprise algérienne propose également des équipements permettant à des entreprises industrielles et agro-industrielles de purifier entièrement ou partiellement les eaux utilisées actuellement rejetées sans être traitées.

C’est le cas de bon nombre de conserveries de tomates. Le système de flottaison à air dissous (DAF) permet la production de minuscules bulles d’eau auxquelles adhérent les impuretés, ce qui facilite leur élimination ultérieure.

L’entreprise propose ce procédé particulièrement efficace pour le traitement des eaux usées, la purification des eaux industrielles et la purification des eaux de surface et marines. Certaines unités de dessalement d’eau de mer doivent faire face à une eau de mer encombrée de diverses impuretés.

Start-up, du garage à l’usine

Ces dernières années, le traitement tertiaire des eaux usées a connu de nombreux développements à l’étranger. Des start-up ont vite dépassé le cadre du petit atelier pour celui de l’usine.

C’est le cas de Bio-UV, une société installée à Lunel dans le sud de la France. En 1999, Benoit Gillmann alors simple délégué médical cherchait un moyen de désinfecter sa piscine sans utiliser de chlore. Sa fille était allergique à ce produit à cause d’un eczéma.

C’est ainsi qu’il est tombé sur un procédé alors peu connu : le traitement de l’eau aux rayons UV. C’est dans son garage qu’il a bricolé un dispositif qui s’est vite révélé d’une efficacité redoutable.

Le principe consiste à faire passer l’eau à travers une portion de tuyau de gros diamètre où sont installés plusieurs tubes néons qui émettent des rayons ultraviolets (UV-C). Ces rayons permettent la destruction des virus, bactéries, moisissures et algue.

Ozone, UV et chlore

L’idée lui est alors venue de commercialiser ce dispositif. Il a démarché les piscines municipales et les commandes ont rapidement afflué.

Aujourd’hui, Benoit Gillmann est à la tête d’une entreprise comprenant 160 collaborateurs, 3 sites de production, dont un en Écosse. Une entrée en bourse en 2018 et un appel aux investisseurs en 2020 ont permis à Bio-UV de lever 23 millions d’euros.

Des capitaux qui ont permis de racheter deux petites entreprises et de compléter la gamme des traitements de type tertiaire. L’une des entreprises rachetées étant spécialisée dans les traitements à base d’ozone, et l’autre dans la purification par électrolyse du sel.

Ces acquisitions ont permis de perfectionner les systèmes de décontamination en combinant UV-C et ozone. Ce qui permet une réaction d’oxydation capable d’éliminer matières organiques, métaux lourds et même résidus médicamenteux.

L’ancienne start-up, auparavant installée dans un garage, réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de 51 millions d’euros.

S Five groupe, des capacités d’innovation

La particularité de l’entreprise algérienne S Five Groupe est de posséder une équipe de recherche et développement (R & D) composée d’universitaires pour la plupart assez jeunes. Dans une salle équipée d’ordinateurs, les membres de l’équipe s’affairent autour des écrans où on peut voir des prototypes en 3D. Il est question de produits intégrant des techniques de pointe comme l’électrocoagulation et l’électrolyse.

Dans la partie atelier, le matériel est moderne : presse plieuse de tôle, soudure et découpe laser. L’entreprise développe également un système de génération de chlore Klorit®-Qc500. Un système de désinfection utilisable pour divers usages : piscines, stations de traitement des eaux et processus industriels.

L’entreprise travaille sur le jumelage des systèmes d’ozonation et de chloration ce qui d’après Abdelghani Sfal permet un haut niveau de décontamination des eaux épurées.

La technique de l’électrocoagulation s’avère prometteuse. Elle vise à réduire l’éventuelle présence de métaux lourds dans les eaux grâce à une simple électrode en aluminium. Celle-ci réduit les particules en suspension dans l’eau et facilite donc leur élimination. L’intérêt de ces procédés est qu’ils ne nécessitent aucun adjuvant chimique.

Depuis peu, la législation internationale oblige les flottes maritimes à s’équiper de dispositifs de désinfection des eaux de ballast. Un marché considérable que se dispute à l’international Bio-UV et de plus grosses entreprises comme l’américain Xylem, le canadien Trojan Technologies ou le britannique Halma. Les procédés auxquels s’intéresse S Five Groupe lui ouvrent donc de larges perspectives dans le domaine de l’épuration des eaux usées non seulement en Algérie, mais à l’étranger.

La présence d’une multitude d’entreprises nationales et étrangères à la 18e édition du salon SIEE-POLLUTEC aura permis aux opérateurs algériens de se familiariser aux technologies développées à l’étranger et confirmé les potentialités d’entreprises locales. De quoi aller vers une utilisation durable des ressources en eau en Algérie qui fait face à la sécheresse depuis des années.

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