Politique

FLN, RND, Bina, Moustakbal : une « majorité » en mal de représentativité

On comprend maintenant mieux pourquoi le président de l’Autorité électorale (Anie), Mohamed Charfi, n’a pas, en annonçant les résultats des législatives du 12 juin, dévoilé le nombre de voix obtenues par chaque parti.

Les résultats détaillés publiés au dernier Journal officiel jeudi font ressortir un fait peu commun : le nombre de bulletins nuls est supérieur à ceux comptabilisés en faveur des partis vainqueurs du scrutin.

| Lire aussi : Législatives : le nombre de voix par chaque parti politique

Ce qui rend encore plus problématique la question de la représentativité de la nouvelle Assemblée populaire nationale (APN) qui devrait être installée incessamment.

Le scrutin était déjà marqué par un taux d’abstention record. Seuls 23 % des Algériens se sont déplacés dans les bureaux de vote samedi 12 juin pour élire les 407 députés de la chambre basse du Parlement.

Le même Mohamed Charfi, et contrairement à ce qui se faisait par le passé, a aussi évité d’évoquer le taux de participation, se contentant de dévoiler le nombre de votants.

Malgré une campagne intense en faveur du vote, notamment sur les médias publics, le pouvoir ne se faisait pas trop d’illusion quant à une forte participation.

Le président de la République lui-même a déclaré dans un bureau de vote le jour du scrutin que le taux de participation n’était pas important pour lui.

Après l’élection présidentielle de décembre 2019 et le référendum sur la révision constitutionnelle de novembre 2020, il était presque évident que les législatives allaient connaitre la même désaffection, dans un contexte de crise économique et politique toujours pas réglée, selon l’opposition. Le discours officiel a donc axé sur la « légalité », soit la conformité des scrutins aux textes en vigueur.

Mais ce que révèlent les résultats détaillés de l’élection pose sérieusement la question de la représentativité des partis qui détiennent la majorité absolue des sièges à l’assemblée et s’apprêtent à constituer une majorité présidentielle pour porter le programme du chef de l’État.

Au vu des chiffres, il serait même difficile de parler de minorité : les cinq premiers partis arrivés en tête (FLN, MSP, RND, El Moustakbal et El Bina) ont cumulé moins d’un million de voix sur un corps électoral de plus de 24 millions d’inscrits.

Si l’on excepte le MSP qui a refusé de rejoindre le gouvernement, les quatre partis de la nouvelle « majorité présidentielle » ont récolté un peu plus de 750.000 voix, soit 3 % du corps électoral et moins de 2 % de l’ensemble de la population.

Des scores insignifiants à l’échelle d’un scrutin national et, en conditions normales, relègueraient ces formations au rang de micro-partis.

Des scores de « micro-partis »

Les résultats ont été en quelque sorte faussés par le taux d’abstention et le système électoral qui élimine de facto toutes les listes n’ayant pas obtenu au moins 5% des voix de la circonscription.

Le résultat est que le FLN, avec moins de 300.000 voix, est officiellement « la première force politique du pays » et le parti de Abdelkader Bengrina s’apprête à intégrer le gouvernement en ayant derrière lui seulement 100.000 électeurs, soit l’équivalent de deux députés dans un système à proportionnelle intégrale.

Où sont passés par exemple les 700.000 militants encartés que le FLN a toujours revendiqués ? Et ceux du RND ? Surtout, tous ces partis ont obtenu nettement moins que le nombre de signatures de citoyens qu’ils ont collectés pour déposer leurs listes.

Le fort taux d’abstention a fait que certaines listes ont obtenu plusieurs sièges avec seulement quelques centaines de voix. C’est le cas par exemple dans les wilayas de Kabylie où le taux de participation n’a pas dépassé 1 %. À Bejaïa, la liste « Espoir et avenir » a obtenu 3 sièges en ayant obtenu 413 voix.

À Khenchela, la liste « El Iltizam » a obtenu 18.000 voix mais n’a gagné qu’un seul siège.

Les détails des résultats obtenus par chaque élu sont encore plus ahurissants, avec des députés élus avec quelques dizaines de voix seulement, notamment dans les zones ayant connu un fort boycott.

Quand bien même leur élection s’est faite en conformité avec les textes, donc légale, de quelle légitimité populaire pourront-ils se prévaloir, ainsi que l’institution qu’ils composent ? Était-il opportun de dissoudre l’ancienne assemblée car élue dans des conditions douteuses sous l’ancien président pour se doter d’une autre à la représentativité très discutable ?

Comparaison n’est pas raison, mais il est judicieux de rappeler quelques chiffres des scrutins passés pour illustrer la très faible représentativité des vainqueurs des dernières législatives. À la présidentielle de 1995, Saïd Sadi avait obtenu 1,1 million de voix, soit plus que le FLN, le RND, El Moustakbal et El Bina réunis aux législatives du 12 juin. Feu Mahfoud Nahnah en avait obtenu près de 3 millions.

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