Politique

La relation de l’Algérie avec les pays du Golfe pourrait être perturbée par le Maroc, selon Oxford Analytica

La politique de neutralité diplomatique de l’Algérie à l’égard des pays du Golfe dans le cadre du conflit opposant l’Arabie saoudite et ses alliés au Qatar pourrait être perturbée par les récentes tensions créées par le Maroc, estime le cabinet de consulting international Oxford Analytica dans une note publiée le 25 mai.

« Lorsque les Émirats, avec l’Arabie saoudite, l’Égypte et Bahreïn ont décidé en juin 2017 d’imposer des sanctions contre le Qatar après l’avoir accusé de ne pas avoir tenu ses engagements pour combattre les groupes terroristes, l’Algérie et le Maroc ont chacun décidé d’adopter une position de neutralité », explique Oxford Analytica.

« Le Maroc a été relativement plus favorable au Qatar, intervenant pour compenser les pénuries alimentaires créées par les sanctions, mais cela n’a pas affecté négativement ses relations avec le bloc anti-Qatar, largement dû aux relations étroites entre le roi Mohamed VI et la famille royale saoudienne », indique la même source.

« L’Algérie profite également de relations privilégiées avec les EAU, principalement grâce aux relations d’affaires construites par Bouteflika durant ces deux décennies en dehors du pays avant son retour pour devenir président en 1999 », indique également Oxford Analytica.

« Le gouvernement algérien a conclu en avril un accord avec une compagnie des Émirats arabes unis (EAU) pour investir dans une aciérie dans l’est d’Annaba. L’annonce de l’accord intervient dans un contexte de friction avec les EAU créée par la perception que l’Algérie cultive des relations excessivement amicales avec le Qatar, prenant ainsi position dans la rivalité amère opposant les pays du Golfe arabe depuis juin 2017 », analyse le cabinet.

« Ces investissements dans l’acier algérien sont justifiés par des arguments commerciaux, compte tenu des avantages de coût dus à l’abondance des ressources naturelles, des matières premières disponibles localement, de bonnes connexions portuaires pour l’exportation et un marché intérieur pour l’acier en expansion », explique Oxford Analytica.

« L’accusation du Maroc au début du mois de mai que l’Iran a utilisé son ambassade à Alger pour sécuriser l’accès aux conseillers militaires du Hezbollah pour le Polisario, a risqué de mettre plus de pression sur les relations de l’Algérie avec les pays arabes du Golfe », estime Oxford Analytica. « L’allégation marocaine que l’Iran utilise son ambassade parait calculée pour embarrasser l’Algérie et créer des difficultés dans ses relations avec l’EAU, l’Arabie saoudite ainsi qu’avec les États-Unis », analyse la même source.

« Des tensions accrues avec les Émirats arabes ne sont pas opportunes pour le président Bouteflika, qui entretient des liens étroits avec des dirigeants politiques et économiques à Abu Dhabi et Dubai. L’Algérie va viser à maintenir une ligne d’équilibre entre les EAU et le Qatar, en évitant les déclarations qui pourraient mettre en danger les relations avec l’un ou l’autre, puisqu’elle désire attirer l’investissement de la part des deux pays. Cependant, la rivalité avec le Maroc a le potentiel de perturber la diplomatie soigneusement équilibrée de l’Algérie », conclut Oxford Analytica.

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