International

Maroc : une intrigue à la « Raspoutine » se joue au palais royal

La « disparition » de Mohamed VI est une affaire bien plus sérieuse qu’elle n’y paraît. Elle inquiète au Maroc, mais aussi en Algérie qui suit de près cette affaire.

Une longue enquête du journal britannique The Economist revient en détail sur les multiples escapades de Mohamed VI, dans un contexte économique et social tendu au Maroc.

Le journal tente une explication de la « bouderie » royale et n’exclut pas de très graves conséquences. Les nouveaux amis du roi, les frères Azaitar, semblent être des personnages centraux dans l’intrigue qui se joue au royaume, entre le palais royal et le Makhzen, les services de sécurité en tête.

Cela fait cinq ans que Mohamed VI a commencé à ne pas apparaître en public pendant de longues périodes. Et cela fait aussi cinq ans qu’il fréquente les champions de MMA. Pour beaucoup d’observateurs, c’est tout sauf une coïncidence.

L’auteur de l’enquête fait ressortir un roi qui a souffert de l’excès d’autorité et de conservatisme de son défunt père Hassan II et qui ne songe désormais qu’à s’amuser et à vivre sa vie.

Son désintérêt pour le pouvoir a commencé quelques années seulement après son accession au trône, en 1999. Même en épousant Lalla Salma en 2002, c’était seulement sous la pression de son entourage et il n’avait fait que « son travail », qui est de donner un prince héritier à la lignée, estime un ancien ambassadeur occidental.

Mohamed VI avait déjà la tête ailleurs. Mais depuis que le producteur de rap RedOne lui a présenté les frères Azaitar, il ne préserve même plus les formes.

Abu Bakr, Omar et Othmane Azaitar sont nés en Allemagne dans une famille immigrée marocaine. Avant de briller dans les arts martiaux, ils avaient un passé très louche. Leur introduction au palais royal leur a en fait ouvert les portes de tout le Maroc, de son administration à sa sphère économique.

Au sein du palais royal et du Makhzen, on apprécie très peu leur proximité avec Mohamed VI, qu’ils n’hésitent pas à partager sur les réseaux sociaux à travers des photos que les Marocains n’ont pas l’habitude de voir de leur souverain.

Seul point « positif » de cette amitié insolite, estime-t-on à Rabat, les trois frères ont installé une salle de sport au sein même du palais royal de Rabat et le roi s’est mis à s’entraîner jusqu’à retrouver la ligne et perdre le surpoids qu’il traînait depuis de longues années. Pour le reste, c’est une calamité qui s’abat sur la monarchie.

Les « amis » de Mohamed VI mettent le Maroc sur une poudrière 

Outre l’image du roi qu’ils écornent rien que par leur présence à ses côtés et les insinuations qui fusent de partout, même à l’étranger, les Azaitar ont fait du Maroc un « avion sans pilote », pour reprendre l’expression d’un responsable marocain, et, surtout, ils ont acquis une influence incroyable, jusqu’à traiter les gouverneurs de provinces comme leurs « chauffeurs », s’alarme-t-on dans le Makhzen.

Aussi, ils ont les portes ouvertes pour leurs affaires et n’hésitent pas à montrer ostentatoirement leur richesse et leur train de vie bling-bling.

Depuis qu’il les fréquente, le roi Mohamed VI néglige son travail et ne rentre de voyage que pour en entamer un autre. Quand ils ne sont pas avec Mohamed VI dans l’une de ses résidences au Maroc, les Azaitar l’accompagnent en France, ou dans « une cachette en Afrique de l’Ouest », au Gabon…

Rien qu’en 2022, le roi Mohamed VI s’est absenté de son royaume pendant 200 jours, confie un responsable marocain au même média.

La tournure des choses irrite même les compagnons de Mohamed VI qui comptent parmi ses amis de jeunesse et qu’il a lui-même fait venir aux affaires en remplacement des hommes de son défunt père. Mais c’est au sein du Makhzen, qui compte l’ensemble de l’administration et qui constitue une sorte d’État profond, que la situation irrite le plus.

Selon le journal britannique, ce sont les services de sécurité qui sont derrière tous les articles de presse dénigrant les trois frères par des divulgations sur leur passé en Allemagne, fait de pauvreté, de délinquance et de trafics en tout genre.

Si les Azaitar comptent un ami puissant en la personne du roi, ils ont aussi un ennemi redoutable : Abdellatif Hammouchi, omnipotent chef de la police et de la DST (Direction de la surveillance du territoire).

C’est Hammouchi, en connivence avec les autres composantes qui comptent au sein du Makhzen, qui serait à la manœuvre pour éloigner le souverain de la mauvaise compagnie et le ramener sur « le droit chemin ».

Pour les sources de The Economist, Mohamed VI ne s’absente pas que pour s’amuser. Il le fait aussi dans une sorte de bouderie pour amener le Makhzen à accepter ses nouveaux amis.

Le bras de fer est engagé et le journal britannique estime qu’il peut déboucher sur plusieurs scénarios. L’éventualité d’un limogeage des responsables des services de sécurité, dont Hammouchi, n’est pas exclue, mais aussi celle d’une abdication du roi Mohamed VI au profit de son fils ou de son frère, ou encore celle d’un coup d’Etat, dans un contexte de montée de la colère populaire à cause de la crise économique et de la vie chère.

Si un journal marocain proche du Makhzen a comparé l’influence des Azaitar à celle de Raspoutine, le mystérieux personnage qui a causé la chute de la dynastie des Romanov en Russie, c’est peut-être un message qui est lancé.

En Algérie, qui a rompu ses relations avec le Maroc en août 2021 après une « série d’actes hostiles » de la part du royaume, cette affaire est suivie de près par les autorités qui s’inquiètent des disparitions de Mohamed VI et la montée en puissance du rôle des services de sécurité dans ce pays.

Les absences répétées du roi Mohamed profitent aux services de renseignements qui voient leur influence prendre de l’ampleur au Maroc, explique un observateur algérien.

« Cette montée en puissance des services de sécurité explique en partie l’acharnement et la multiplication de leurs provocations à l’égard de l’Algérie », ajoute-t-il.

SUR LE MEME SUJET : 

Palais royal marocain : « Cachez-moi cette reine… »

Quatre prêts en dix ans : le FMI vole au secours du Maroc

Les plus lus